jeudi 5 avril 2018

Chronique : GLORIA + DON GLOW + LYSISTRATA + JOHNNY MAFIA


  

GLORIA
Oidophon echorama, 12’’, Digital
Howlin’ Banana Rds
6 nouvelles chansons du collectif mixte ‘lyonnais’ ça ne se refuse pas ! ça se déguste avec délectation ! Et à la fin on se pourlèche les doigts avant de les repasser encore et encore…
J’avais été (et je suis toujours) complètement en amour avec leur 1er album. Et je ne pensais pas que cette nouvelle sortie serait au même niveau.
Je me trompais. Quelle merveille !
La luxuriance et le ‘clinquant’ de certains arrangements de cuivres peuvent rappeler le meilleur des bandes originales de films des sixties finissantes. D’ailleurs la musicalité est ici magnificente. Sans jamais sombrer dans l’overdose.
L’objectif est de magnifier les chansons et les voix féminines qui se mélanges, se répondent, se doubles, triples… Ces chansons vous hantent comme un fantôme sexy échappé d’un film de la Hammer.
La beauté euphorique ou mélancolique, mais toujours la beauté !
[BT]


DON GLOW
The Intention Flow, LP, Digital
Casbah Rds
Le trio sévit depuis longtemps et il atteint sa pleine maturité avec ce 1er véritable album. Au croisement de l’Indie Psyché Garage actuel, du Kraut, de l’Art Rock ils se montrent très au-dessus de la concurrence grâce à leur capacité à composer des chansons mémorables mais gardant assez de mordant pour rester dans les rangs du Rock.
Mélancolique ou arraché leur musique qui fleure bon les 70’s se nourrie aussi parfois d’un côté Indie 90, mais sans excès ni d’un côté ni de l’autre. Parfois on peut entendre aussi chez Don Glow des remugles d’Occult Rock, et qu’est-ce que c’est bien tous ces amalgames… Ils vont pêcher leur inspiration des tout côté, et ne semble être préoccupé que par leurs envies ! Une saine démarche.
Le régal de ces 10 titres c’est qu’ils montrent un groupe qui sait se démarquer de ce qui se fait actuellement.
[BT]
En concert : Mercredi 11 Avril : DON GLOW (Indie Garage Psyché) + CAPTURNE (Alt Rock), au Brise-Glace, à Annecy. Entrée libre
Et :
Samedi 21 Avril : Disquaire Day La Soirée, avec : HIPBONE SLIM ONE MAN BAND (Stompin Blues & rhythm Garage guitar by Sir Bald Diddley, Uk) + The BAD PELICANS (Surf Punk) + DON GLOW (Indie Psyché Garage) + DJs, au Mistral Palace, à Valence


LYSISTRATA
The thread, LP, CD, Digital
Vicious Circle
Ces jeunots débarquent avec une très flatteuse réputation de tuerie live, donc j’attendais ce disque avec impatience.
Et j’ai pas été déçu.
Bizarrement le 1er titre m’a fait penser au Down By Law de la meilleure époque qui aurait tourné Art Rock. Etonnant. D’ailleurs c’est ce qui rend cet album attachant et passionnant de bout en bout : ces collisions stylistiques au sein d’une même ‘chanson’. Imaginez un Fugazi de 2017 copulant avec un At The Drive In qui serait revenu en forme ! Avec une touche de Hot Hot Heat et des Hot Snakes… Mais en fait Lysistrata ne ressemble à personne (et va même jusqu’à piquer au Hard Core mélo parce qu’ils s’en fiche, seul compte le résultat).
Les petits Punk de Lysistrata peuvent en remontrer à Metz et autres Fidlar concernant la ‘furiosité’ et ils pondent aussi des morceaux en biberonnant du Noise Rock, du Trash Punk, de l’Indie Rock, de la Pop ultra musclé... Avec une morgue toute anglaise (ou new yorkaise).
Le son sec comme un coup de trique et, ultra puissant de cet album vous saute à la gueule comme peu de disque l’ont fait ces dernières années. Mais attention si Lysistrata vous agressent jamais ils ne vous violentent car c’est tellement bon que non seulement on est consentant mais on en redemande !
Ils sont fichus de s’embarquer dans des titres de 8 mn et de les faire sonner comme une décharge Punk d’1’30. Et d’amalgamer des éléments Post Rock / Math machin sans être ni chiant ni pompeux. En fait quel que soit le format leur impact est imposant !
[BT]
En concert : Vendredi 6 Avril : LYSISTRATA (Indie Rock Noise Pop) + ROPOPOROSE (Indie Rock Pop) + LAC (Rock instru), au Jack Jack, à Bron (69)


JOHNNY MAFIA
Michel-Michel Michel, LP, CD, Digital
Alter-K
Avoir 20 ans et sortir son 1er album… Bon nom de groupe (avec plusieurs sens), une pochette réussie ça prédispose bien avant de mettre ce disque sur ma platine.
Indie Garage Rock 2.0, post Hives, Jay Reatard & Ty Segall…
Energique, bravache, super bien, sur-efficace. Piquant de-ci de-là aux Pixies de la grande époque (celle avec des cheveux, de la morgue et des kilos en moins), ce que Johnny Mafia assument parfaitement en intitulant une de leur chansons ‘Kim Deal’.
8 titres concis, simples efficaces très mémorisables et emballants. Je voudrais les détester pour leur jeunesse triomphante, malheureusement cet album est trop bon pour y arriver.
[BT]
En concert : Jeudi 12 Avril : Fair : Le Tour 2018, avec : LYSISTRATA (Rock Noise Pop) + JOHNNY MAFIA (Indie Garage Rock), à l’Ampérage, à Grenoble

mardi 3 avril 2018

Chronique : LAME + GREEN SEAGULL + ERIK NERVOUS + BIRTH OF JOY




LAME
Alone And alright
Alien Snatch Rds
Ce que j’aime chez ce trio ‘italien’ c’est qu’il a une très forte personnalité musicale ! Les résidents turinois sortent leur 3ème album, pour la 2ème fois ils sont accueillis par le label berlinois qui a dû faire jouer ses relations, et c’est rien de moins que Tim Warren qui assure e mastering de ce disque. Ce qui a l’écoute de son contenu n’est pas une surprise que la version très Noisy / Weird que LAME donne de sa vision du Country Trash Blues Garage n’est pas éloignée de ce qui a fait trembler la scène des 90’s grâce à certains groupes de chez Crypt Rds (Country Teasers, Gories, Oblivians…). Ils/elle poussent leur musique jusqu’à y inclure des éléments de Post Punk, d’Indie Noisy, et même de Pop. Mais avec parcimonie, l’objectif étant de trouver Leur Voie !
Mais avec LAME on n’est pas dans la redite. Plutôt dans un prolongement, une tentative de trouver sa propre voie. Ce qu’ils réussissent très bien ! Notamment grâce à un fort travail appliqué aux voix. Et bien sûr à la tessiture sonore, à la fois Trash mais très audible. Et avec adjonction d’éléments très importants pour la qualité de cet album (voix féminines en lead ou en chœurs, instruments à vents traité comme des guitares, autres langues que l’anglais…).
Avec leur curriculum vitae déjà bien remplis (Lame est constitué d’ex Movie Star Junkies, Two Bo’s Maniacs…) ils viennent d’un background où on a déjà beaucoup réfléchit pour ne pas être un groupe Garage de plus. Et Lame pousse cette réflexion plus loin encore.
[BT]


GREEN SEAGULL
Scarlet Fever, LP, CD, Digital
Mega Dodo
Je dois dire que c’est parce que j’avais bien aimé leur single que je me suis obstiné à écouter ce 1er album. Parce que les 2 / 3 premières écoutes n’avaient pas trop fait dresser mes oreilles. C’est vrai qu’un album de 14 chansons c’est parfois un peu indigeste…
Mais au final je ne regrette pas de m’être entêté.
Dans le genre revivaliste Sixties le groupe londonien est très convainquant ! Néo Psyché et Folk Rock façon Californie de la deuxième moitié des 60’s. Avec une belle dose de Pop baroque comme ça se faisait en Angleterre à ce moment-là. Délicatement Garage Revivaliste, et parfois pas loin du Paisley Underground les Green Seagull jouent allègrement avec les références…
Des harmonies vocales, des voix masculines et féminines qui se mélange, des chœurs abondant créent comme un nuage qui vous enveloppe et vous soulève de terre. Les mélodies sont joliment troussées, l’interprétation pleine d’élégance. Soyeuse. La 12 cordes mène souvent le bal, et vous prend par la main pour une balade dans un monde imaginaire que n’aurait pas renié Lewis Carroll !
Il y a du savoir-faire dans ce groupe mixte dont certains membres n’en sont pas à leur coup d’essai. Et parfois ils/elle réussissent véritablement à recréer l’ambiance d’époque. C’est un des charmes de ce Scarlet fever. Mais pas le seul !
https://megadodo.bandcamp.com/album/scarlet-fever 
[BT]


ERIK NERVOUS
Assorted anxieties, LP, Digital
Drunken Sailor Rds
Voilà un des labels qui a une forte activité (mais jamais trop) et sur lequel je garde mes 2 oreilles ouvertes car ils ont une capacité à sortir des disques de groupes qui sortent du tout-venant !
Et ça n’est pas ce long et roboratif LP de Erick Nervous qui va me faire changer d’avis. Charger jusqu’à raz la gueule de 24 titres qui compilent tout ce que ce groupe a enregistré… ou pas loin. Difficile d’obtenir des informations fiables sur ce groupe/projet ce qui en ces temps d’internet intrusif est déjà rafraichissant.
Apparemment enregistré / bricolé en solo sur un 4 pistes par un gars seul dans son appartement ce disque nous ramène dans 2 périodes différentes (mais ultra foisonnantes de la musique qu’on aime) : celle tout d’abord du DIY Punk / Post Punk de la période 77 – 81 pour la source d’inspiration. Et celle des bricoleurs de sons Indie des 90’s qui se sont livrés à pléthores de bidouillages de sons dans cette même configuration à l’époque.
C’est vrai qu’ici on retrouve un amour évident pour une certaine idée / vision du Punk froid et désincarné comme l’ont fait à une époque Wire (une référence que je n’utilise pas à la légère) et pas mal d’autres groupes du Nord de l’Angleterre en plein naufrage économique de la fin des 70’s, ou même The Fall. Le tout fabriqué avec une économie de moyens qui donne un côté râpeux, minimal (mais jamais pauvre grâce au très gros travail apporté sur les tessitures, sonorités, mélodies rapport avec les rythmes, voix…) comme certains musiciens – bricoleurs de sons, souvent américains, l’ont pratiqué dans les 90’s.
Moi ça me fait aussi penser à l’Art Rock (comment le nommer autrement) que pratiquait un groupe aussi atypique que Swell Maps. Tout en étant assez dans un certain mood actuel. Une musique pour un monde dysfonctionnel.
A découvrir, du moins si vous êtes vraiment un accro à une certaine vision de la musique !
[BT]


BIRTH OF JOY
Get Well, LP, CD, Digital
Suburban Rds / SPV / Long Branch Rds
Un pote m’avait dit qu’il trouvait ce nouvel album assez balourd donc c’est avec circonspection que je l’ai glissé dans le lecteur.
Eh bien après plusieurs écoutes je ne suis pas d’accord du tout.
Je le trouve même très réussit !
Les Birth Of Joy se sont éloignée de l’ombre tutélaire des Doors depuis une paire d’album, et avec ce ‘Get well’ ils étendent encore le champ d’action de leur formule batterie / basse / orgue / chant.
Tirant parfois leur 60’s Organ Rock vers certaines élévations de l’âme qui fait penser au Led Zep III, ou allant jusqu’à y adjoindre des touches de Sleaze Rock bien moite, amalgamant une rythmique tribalo / electro à un riff d’orgue torride sur une de leur chanson…
En fait c’est ce qui apparait le plus dans ce nouvel album des chansons qui se distinguent les unes des autres !
Les Birth Of Joy pourraient même convaincre les moins bornés des fans de Stoner (ceux qui supportent l’orgue comme élément moteur) mélodieux façon Fu Manchu / Torche grâce à son son d’Hammond bien épais sur une paire de titres.
Dans cet album impec’ de bout en bout les 10 chansons possèdent ce qu’il faut en matière de Psyché Sixties pour être assez dans l’air du temps tout en se démarquant grâce aux autres éléments adjoints !
Le nouvel album vient de sortir et ils sont en tournée !
[BT]
En concert : Vendredi 6 Avril : BIRTH OF JOY (Indie Psyché Rock, Pays Bas) + guest, au Marché Gare, à Lyon

vendredi 30 mars 2018

Chronique : MAGIC CITY TRIO + BURNING HEADS + CHRISTEL MOUCHARD




The MAGIC CITY TRIO
Americana Arkana, LP, CD
Kailua Recordings
La première chanson de cet album rappel pas mal le mood qui baignait l’album de Lee Hazlewood & Ann-Margret, à la fois par le mélange des voix masculine et féminine, ainsi que pour l’ambiance musicale très western cabaret. D’ailleurs, et ce n’est pas une surprise (ni une exagération) le Magic City Trio définit sa musique comme étant dans la tradition Southern Gothic.
Je suis sous leur charme depuis leurs premiers enregistrements et ce n’est pas cet album qui va me décevoir. Au contraire ! Ils/elle ont étendu leur spectre musical d’un peu de cuivres mariachi (mais sans clichés). Car si le trio londonien aime la Country Music on est loin du revivalisme bien appris, appliqué et le doigt bêtement sur la couture.
Le respect oui, la naphtaline non !
Comme ici on ne se moque pas de l’auditeur la version vinyle est vendue avec le CD un gros livret de 16 pages, et de la même façon cet album est richement enluminé : mélodies, voix multiples et mixtes, instrumentation étendue (cordes, pedal-steel, cuivres, piano, banjo…) et le tout aboutit à une très grande beauté.
Folk ? Hillbilly ? Country & Western ? Swing ? Americana ? Ben oui tout ça et plus encore avec le Magic City Trio ! Mais les étiquettes on s’en fout, ce qui compte le plus se sont 10 vraies belles chansons, aux moods, rythmes et ambiances variées, idéales pour les voyages mentales. Un ravissement pour les oreilles et le cœur, voir même plus. L’âme ?
[BT]


BURNING HEADS
Live 1999, KXLU 88.9 FM Los Angeles, CD, Digital
Ninteen Something
Brillante idée de rééditer ce live des Burning Heads ! D’une part car il est primordial de dire et de redire à quelle point nous avons été (et sommes toujours) chanceux d’avoir dans ce pays un des tout meilleur groupe de la scène Hard Core Melo mondiale ! Et que par bonheur ils ont été très actifs tout au long de leur carrière durant laquelle ils n’ont jamais commis de faute de goûts, ont été une inspiration et une aide pour de nombreux groupes d’ici. Et comme on est vraiment vraiment chanceux les Burning Heads sont toujours aussi actifs et toujours un exemple ! https://www.facebook.com/burningheads
Bon alors ce live de 1999 ? J’avoue que je l’adore par son côté sec et cru qui rappel bien ce que sont les Burning sur scène, le tout avec un son qui accroche l’oreille. Cru tout en étant clair & puissant !
Putain ouai il le fait ce disque, et je comprends pourquoi il fallait le rééditer !
Une vraie gifle pour tous les cons qui ne jurent que par les groupes ricains…
De ce côté de l’Atlantique aussi on sait y faire. Et en plus les Burning Heads eux ont une vraie personnalité ! Un must !!!
[BT]
En concert : Samedi 7 Avril : Festiv’Arts, avec : BURNING HEADS (légendes du Hard Core mélodique) + LOS K SOS (Ska Punk & démagogie) + ESTELLE MEY & PARANOID CATS (Grunge Garage), Esplanade François Mittérand, à Grenoble. Gratuit.


CHRISTEL MOUCHARD
Gertrude Bell, archéologue, aventurière, agent secret
Le Livre de Poche 207, 376 pages, 7,60 euros
Depuis l’embrasement qu’à produit chez moi la lecture de ‘Boussole’ de Mathias Enard j’ai beaucoup visité de façon textuelle (biographies, récits, romans, essais…) les territoires de ce qui fut l’Empire Ottoman, ce Moyen Orient étendu et agité qui bourdonne encore, et toujours…
Grâce à ces lectures j’avais déjà croisé une poignée des personnages qui apparaissent dans cette biographie, que son titre décrit parfaitement. Et par là même j’avais quelques notions concernant la vie de Gertrude Bell…
Mais rien ne me préparait à cette subjugation !
Ce livre m’a embarqué avec lui.
Tout d’abord pour son sujet. En effet je suis tombé amoureux de cette anglaise pure produit de la grande bourgeoisie industrieuse et libérale de l’ère victorienne. À la fois totalement femme de son temps et tout autant en rupture avec son monde et son époque parce que très en avance (diplômé d’Oxford dans un temps où les filles ne faisaient pas d’études supérieures), aventurière solitaire dans un moment où les jeunes femmes sont chapeautées par un chaperon. Et toujours élégante, partout, tout le temps.
Je suis également en amour pour ce livre, sa brillante construction, sa fine analyse du temps, des mœurs, et, du cœur de son sujet. Erudition et style. L’intelligence de la forme et de la formulation. La beauté  des mots sans la pédanterie. Le souffle : du vent du désert mais aussi de l’élan vital.
La formule est éculé mais elle est vraie : ça se lit comme un roman. Ce qui est bien normal : si on décide de raconter une de ces personnalités bigger than life c’est évidemment pour cela.
L’étude de Christel Mouchard est plus qu’une biographie, tellement plus qu’un hommage à une vie passée : c’est une Œuvre sur une Œuvre !
Et un de ces précieux moments de lecteurs.
[BT]

lundi 26 mars 2018

Chronique : THOUSAND + DUCK DUCK GREY DUCK + TRIPTIDES + LAURENCE WASSER




THOUSAND
Le tunnel végétal, LP, CD, Digital
Talitres
Alors celui-là il avait tout pour que je le déteste. Mais au final je suis subjugué, emballé, fasciné par la mue de Thousand.
Sur ce nouvel album Stéphane Milochevitch et sa bande de musiciens réussissent la fission totale entre une certaine idée de la chanson française de qualité, les traditions Indie Folk, Pop et Rock anglo-américaine et une vision ultra moderne de la musique ! Le tout produisant une œuvre qui tarte la concurrence (de pretty Pretto et con-sort) et devrait envahir la bande FM si celle-ci ne s’était pas abaissée à ce qu’elle est devenue.
Abandonnant l’anglais pour raconter les histoires de la mélancolie ultra moderne, de défonce et de défonces, d’amours multiples et ratées, de solitude, d’ennui et de trop plein…
Le monde tel qu’il ne va plus.
Mais plutôt que de se laisser aller à la chanson à texte, Thousand offre ici la démonstration que si quand on chante en français il faut être capable d’écrire de vrais bons textes, il est aussi primordiale que la musique soit à l’avenant ! Et dans ce Tunnel Végétal l’instrumentation est riche, variés, les mélodies prépondérante et la production tellement au-dessus que ce à quoi on nous contraint habituellement dans le domaine.
Existe-t-il un public pour ce genre d’œuvre ?
 Des fans d’Indie capable de ne pas bêtement se braquer contre ce qui chante en français. Et des fans de chansons d’ici qui sont susceptibles de se laisser submerger par la musique ?
Mystère.
Se serait à souhaiter tant nous voici en présence d’œuvre rare, mais que j’aimerai voir faire école, la MUSIQUE en sortirait forcément grandie !
[BT]


DUCK DUCK GREY DUCK
Traffic jam, 2LP, Digital
Casbah Rds / A Tree In A Field Rds
Le titre de ce double album du trio genevois est une déclaration d’intention. Les 25 chansons qu’ils proposent sur ce long et ambitieux double LP sont à la croisée des chemins de plusieurs influences musicales et de plusieurs continents (réels ou imaginaires).
Mélangeant Rock Garage, nouvelle Pop Indie africanisante, Surf, Funk, Pop, Cajun… dans une sorte de sono mondiale qui doit beaucoup à la Nouvelle Orléans, au Delta Blues à la Country du Sud profond, et aux racines des pionniers du Rock’n’Roll primitif, tout autant qu’aux plages californiennes, à la mer du Japon, aux plateaux de l’Atlas ou à ceux de l’Ethiopie, en passant par les cabarets de la Mitteleuropa et aux bouges malfamés de la méditerranée (Grèce et Turquie pour le Rebetiko, mais aussi le Liban, l’Egypte…), une certaine idée de la Pop française hyper ambitieuse...
Sans compter les univers musicaux qui n’existent que dans leur tête.
Si leur précédent disque était un exercice de style rétro, avec ce Traffic Jam les Duck Duck Grey Duck se décident à plonger leur musique dans le creuset mondialisé du monde dans lequel nous vivons maintenant. Et les morceaux chanté en français sont parmi les plus réussit de ce disque foisonnant (se situant aux mêmes hauteurs qualitatives que les Liminaňas).
Un album qui infuse longtemps.
[BT]
En concert : Jeudi 29 Mars : THEO LAWRENCE & The HEARTS (Indie New Americana) + DUCK DUCK GREY DUCK (Indie Blues Garage, Suisse), à La Source à Fontaine


TRIPTIDES
After glow, LP, CD, Digital
Requiem Pour Un Twister
Sixties Pop Psyché aérienne et nimbée de chœurs, pleine de mélodies rendues onctueuse par le jeu de la basse et des arrangements qui renvoient à la luxuriance des Zombies ou des Easybeats.
Triptides est bien dans une veine actuelle (Halasan Bazar et autres) qui n’a pas perdu les leçons des géniaux The Soundtrack Of Our Lives.
Et c’est tant mieux.
Assumant son côté rétro mais ne sentant pas pour autant le revivalisme rance, Triptides agglomère Shoegaze (discrète) Surf languide, Jangle Pop et Indie 90 dans sa musique typée Sixties mais pas rétrograde.
Le nouvel album vient de sortir, et ils sont en tournée !
[BT]
En concert : Jeudi 29 Mars : TRIPTIDES (Psych Folk Pop) + STRANGE CAGES (Indie Garage Post Psych Punk, Uk), à l’écurie, à Genève https://www.facebook.com/events/1912917612362884


LAURENCE WASSER
V, LP, K7, Digital
Atomic Bongos Rds
Jolie la pochette ! Et un poil à contre-courant du politiquement correct actuel (c’est toujours ça de pris !). Pour moi ce gars sort de nulle part, mais apparemment il a déjà sévit sous ce nom et dans au moins un autre projet…
11 titres en 19 mn. Enfin pour être précis je dirais : 8 véritables morceaux (entre 1’22 et 3’18) et 3 intertitres de moins de 30 secondes, pour ce (mini) album qui sort en 12’’ et en K7. Et qui me fait le maximum d’effets depuis un mois que je suis dessus !
Indie Rock 90 mais bien cra-cra, Bricolo Punk, Art Pop… tout ça mit dans un shaker et vraiment beaucoup secoué ! Laurence Wasser produit une musique bien comme j’aime, tendue, avec des moments qui grattent l’oreille, ou qui pourrait être dans un esprit Garage car riche en mélodie R’n’R… De celles qui sont simples et tiennent au ventre ! J’aime énormément ce beau petit objet parce qu’il est gentiment fêlé, qu’il cogne juste et fort, s’étend parfois jusqu’au Morricone crépusculaire, sait être précis et minutieux dans sa folie (ou apparemment il y a une Method).
J’avoue bien craquer sur ce disque blitzkrieg qui sait être languide dans certains morceaux ou nerveux, jamais propret, qui prend son temps sans aller mais reste concis et court !
[BT]
En concert : Dimanche 1er Avril : LAURENCE WASSER (Alt Garage Rock Post Indie Punk), au Saint Antoine, à Mâcon
Et :
Mercredi 4 Avril : LAURENCE WASSER (Alt Garage Rock Post Indie Punk) + ACTION BEAAT (Indie Rock Punk, Usa) + SISTER IODINE (Noise), à Grrrnd Zero, à Lyon


vendredi 23 mars 2018

Chronique : ROBYN HITCHCOCK + HOLD SATION + RUBBER EGGS




ROBYN HITCHCOCK
S/t, LP, CD, Digital
Yep Roc Rds
C’est en le découvrant sur la couverture du n°145 de Abus Dangereux (http://abusdangereux.net  disponible à Grenoble chez Disco Rama 11 Rue Beyle Stendhal), en lisant le long est passionnant entretient avec Cathi Mini et en écoutant le titre sur le CD sampler qui l’accompagne que je me suis rendu compte que comme beaucoup ici il y avait bien longtemps que je n’avais pas acheté un album du Monsieur.
Avec cet album éponyme Robyn Hitchcock vient relever les compteurs et mettre à l’amende les minets du (des) revival psychédélique ! Et il démontre ici bien plus que sa légitimité et son antériorité sur la question : il déballe une collection de titres à faire pâlir d’envie n’importe quel compositeur.
10 nouvelles chansons comme des moments d’éternité suspendues au-dessus de la couche de nuages nauséabonde du monde actuel. Et les écoutes sont euphorisantes à se demander pourquoi parfois je perds autant de temps à écouter de nouveautés quelconques (si vous saviez combien de disques insignifiants passent entre mes oreilles pour que j’en extrais les quelques perles qui sont ici chroniquées…). Résultat : depuis que j’ai plongé dans cet album j’alterne son écoute avec les précédents qui sont en ma possession. De quoi illuminer la vie !
Vous aimez la Pop dans toute sa splendeur ? Robyn Hitchcock aussi, et, plus que tout il sait l’écrire et la chanter !!! Un peu Sixties, un peu Paisley, un peu Folk, un peu Country, un peu Psyché… totalement Robyn Hitchcock. Et dans sa meilleure cuvée !
[BT]


HOLD STATION
Dawn of a new day, CD, Digital
Autoproduction
Déjà le 1er album du quatuor grenoblois était une révélation, ce 2ème est plus qu’une confirmation ! Entre les 2 les Hold Station sont parti en tournée à travers l’Est de l’Europe, et également en Espagne, ce qui semble leur avoir beaucoup apporté en matière de maturité en tant que groupe.
Pour ce 2ème effort ils ont fait confiance au même ingénieur du son et ils sont partis enregistrer dans une maison retirée de tout pour être totalement immergé dans leur musique.
8 titres en 38 mn, Hold Station aime donner du temps au temps pour laisser s’installer les ambiances, mais sans se répandre ! Sur ce Dawn Of A New Day il y a plein de détails dans les chansons qui se révèlent au fil des écoutes, ça rend chaque passage sur votre platine totalement intéressant et renouvelle le plaisir de l’écoute !
Indie Blues languide, Heavy Psyché posé… les Hold Station ne veulent pas s’enfermer dans un style, un type de rythmique ou d’ambiance. D’ailleurs ceux-ci / celles-ci évoluent souvent au sein de leurs chansons… Depuis leur 1er album il s’est ajouté des éléments à leur musique (chœurs, mélodies façon mittleuropa, moyen orient, tuareg blues…) et c’est ainsi que les voici revenir avec un nouveau bébé encore plus réussit !
[BT]
En concert : Mercredi 28 Mars : HOLD STATION (Heavy Psyché Blues) + RUBBER EGGS (Garage Rock Sixties, Palerme), au 102, rue d’Alembert, à Grenoble


RUBBER EGGS
EP, CD, Digital
Autoproduction
La formule Orgue / Basse / Batterie chant produit ici quelque chose d’assez inattendu.
Un mélange de Garage Psych Punk bien dans la tradition 60’s et Revival 80 mais très mâtiné par le Psyché Prog italien des 70’s et 80’s (m’étonnerait pas qu’ils écoutent No Strange par exemple mais pas seulement). On trouve aussi une petite touche Heavy 70’s bien tempérée par l’esprit et les mélodies très marquées 60’s. Un petit relent Weird Folk, une louchée d’Indie narcotique 80 (Spacement 3 / My Bloody Valentine). En plus certains membres ont joué du Post Rock donc ils ne sont pas bloqué dans le passé (la preuve ils mettaient récemment en téléchargement gratuit une cover de Of Montreal).
Résultat on a un travail sur le son précis, compact, pas du tout passéiste (avec utilisation de sonorités de claviers variées) et une mise en valeur de la voix de Davide Orsi qui tient également l’orgue. Cette voix masculine se teinte souvent d’intonations féminines ce qui colore et enrichie leur musique !
Rubber Eggs revendique aussi comme influences The Cure (ça peut s’entendre un peu sur le 4ème et dernier titre de ce EP) et aussi Sabbath & Led Zep’ (là c’est plus par touches pointillistes) une sorte de grand écart dont le point médian serait le Garage Prog Psyché Punk…
Une incroyable découvert que ces RUBBER EGGS ! Depuis 2012 ils ont autoproduit de nombreux bootlegs à écouter sur leur bandcamp…
[BT]
En plus du mercredi 28 mars au 102 à Grenoble avec HOLD SATION
En concert : Jeudi 29 Mars : RUBBER EGGS (Garage Psyché excellent, Palerme) + The BAD PELICANS (Surf Punk) + CHATEAU LAGOURDE (60’s Pop), au Farmer, à Lyon
Et :
Vendredi 30 Mars : RUBBER EGGS (Garage Rock Sixties, Palerme) + JALA (Rock), au Point Bar, à Paladru (38)
https://www.facebook.com/events/225003434718072/ 





mardi 20 mars 2018

Chronique : BUCK + MUDWEISER + COWBOYS FROM OUTERSPACE + PETER FLEMING





BUCK
Live, LP, Digital
Beast Rds
Si un disque c’est un tout alors ce live répond parfaitement à l’idée d’une œuvre ! Le logo, le nom, la pochette, l’option de l’enregistrement en live, le son âpre, gras et tellement vivant, la formule en duo Garage Blues Trash, en version batterie et basse + chant, et, bien sûr, les compositions !
Imaginez le Tom Waits de la période New York underground barré, La Muerte, et des ambiances à la Washington Dead cats (dépouillé des oripeaux Psychobilly) qui fusionnent dans la lave d’un Blues terreux, poisseux, Noisy, qui aime de temps en temps copuler avec un sax qui viendrait du jazz free – noise rock.
Plus gras que gracieux, dans une période riche en aspartame un groupe qui n’a pas pur de faire fi de toute aseptisation c’est salvateur !
Ça ramone les conduits auditifs comme trop peu souvent ces derniers temps. Mais Buck ne s’en content pas et produit aussi du bruit qui a un peu de sens et surtout qui a une vraie dimension musicale avec des titres qui s’écoutent et se réécoutent avec un gros sentiment de satiété ! J’aime !!!!
[BT]



MUDWEISER
So, said the snake, LP, CD, Digital
Head Rds / La Baleine
Voici un album purement immersif ! Plus on est plongé dedans plus on s’y noie (de bonheur). Comme des sables mouvants qui vous engloutissent la musique des Mudweiser est grasse et gluante !
Leur nom est une véritable déclaration d’intention ! Et la pochette de ce 3ème album vous met immédiatement dans l’ambiance ! Du Rock de cul-terreux du Sud profond (Montpellier comme une métaphore de Savannah…).
La chaleur qui suinte de leur Stoner / Southern Heavy Rock donne soif et fait honneur à leur patronyme !
Chez les Mudweiser on aime les riffs bien gras et on sait en pondre d’excellents ! A tel point que plus cet album avance moins il y a moyen de se le sortir de la tête ! Ça vous assomme comme un pack de 6 en plein cagnard, mais ça fait tellement de bien !
[BT]
En concert : Vendredi 23 Mars : MUDWEISER (Stoner) + WALNUT GROVE DC (Stoner Metal) + NOISS (Grunge), au Brin de Zinc, à Chambéry – Barberaz


COWBOYS FROM OUTER SPACE
Exile at the rising house, LP, CD
Relax O-Matic Rcds / Nova Express / Lollipop
Comme à chaque fois avec leurs albums (et je les ai tous) il me faut presque un an pour totalement rentrer dans un disque du trio marseillais (ça me fait le même effet avec les Dum Dum Boys dont j’attends le nouvel album ces jours-ci avec une grosse impatience). C’est sans doute ce qui me les rend si chère ! Car il me faut creuser creuser dans cet empilement de noirceur Noisy Blues Trash avant de voir la lumière.
Et c’est tellement plus intéressant comme expérience que tous ces disques kleenex…
En plus dans celui-ci il y a parfois des éléments qui font penser à un Bowie (très) enragé. La class, non ?
Est-ce que Marseille est une banlieue de New York ? Les Cowboys From Outer Space sont indéniablement des outsiders qui savent ce qu’ils veulent et font.
Ils vous saisissent par la main pour une balade mortelle au cœur du monstre urbain…
Souvent ont dit que les Cowboys sont le pendant français de Chrome Cranks, une sacré référence / comparaison dont ils ont toujours su s’en montrer digne tout en développant leur propre personnalité. Moi ils me font penser au niveau de l’intensité, de l’univers et de la noirceur à un croisement abâtardit entre La Muerte, The Raymen et Beasts of Bourbon. Rien que ça. Ce genre de références écraserait n’importe quel autre groupe mais pas les Cowboys From Outer Space qui se situent justement à cette hauteur-là !
Et ici on devrait en avoir plus conscience et en être tellement fier !
[BT]
En concert : Samedi 24 Mars : The MONSTERS (Trash-O-Billy, Voodoo Rhythm Rds) + COWBOYS FROM OUTERSPACE (Garage Noisy Blues) + JEAN MICHEL JARRET (Riot Grrrl) + DJ Von Kid, au C.B.G.C, à Gigors Et Lozeron (26)

PETER FLEMING
Courrier de Tartarie, 420 pages, 11,43 euros
Phébus libretto
Donc après l’enthousiasmant ‘Oasis interdites’ de Ella Maillart je me suis lancé dans ce ‘Courrier de Tartarie’ où son compagnon de voyage Peter Fleming narre le même périple à travers la Chine du Nord en 1935. Même parcours, même plaisir de lecture, style différent au possible.
Ayant une vraie facilité de plume on sent que l’auteur se plait à écrire. S’il a un vrai sens de la formule il n’en abuse jamais et le texte des chapitres et paragraphe est joliment composé sans que cela ne transparaisse. Par ailleurs, dans la meilleure tradition anglaise Peter Fleming pratique l’art de l’understatement. Ce qui rend la lecture si jubilatoire pour toute personne encore capable de lire ce qui est au-delà des mots. Ce qui en fonction de ses activités secrètes supposées d’agent de renseignement (en plus de correspondant du Times) est jubilatoire à lire, surtout les parties liées à l’exposé de la situation géopolitique de la région du Sin-Kiang et autres régions traversées. A noter qu’Ella Maillart fait elle aussi un tel exposé quasiment au même moment de son récit. Une analyse similaire de la situation géopolitique mais bien moins développée.
Concernant l’écriture, si Ella Maillart à un style sec et millimétré (mais tellement emballant) Peter Fleming manie une langue riche comme on en a, malheureusement, perdu l’usage. Son vocabulaire foisonnant mais sans fatuité, et au service de périphrases qui sont une belle immersion dans le voyage.
Cependant quand il s’agit d’être précis il sait y faire. Parfois même avec une vraie économie de mots.
Autre différence entre les 2 voyageurs : leur but. Ella Maillart part pour ce périple vers l’inconnu dans une sorte de quête d’ailleurs mais aussi de soi. Peter Fleming est lui en mission : pour le Times et pour sa Gracieuse Majesté. Et il parcourt ces 6000 km comme un  gentleman faisant une partie de chasse géante. Du moins c’est ce qu’une lecture superficielle pourrait laisser comme impression.
Et c’est une des réussites de ce récit d’allé plus loin et plus profond, bien au-delà des images et des mots !
Ce livre devrait être très prochainement réédité. Une brillante idée !
[BT]